24 août 2016

Bad Company

Premier film de Robert Benton, plus connu pour avoir réalisé le très oscarisé Kramer contre Kramer, Bad Company est un anti-western typique du cinéma américain des années 70. Barry Brown y incarne un fils de bonne famille qui se retrouve livré à lui-même sur les routes mal famées de l'Ouest après avoir évité de justesse l'enrôlement dans l'armée pour la guerre de Sécession. Très vite, il croise le chemin du chef d'une petite bande de voyous, joué par le très fringuant Jeff Bridges. Le film nous narrera alors en une série d'épisodes les différentes mésaventures de cette bande de jeunes partie vers l'Ouest à la recherche d'une vie meilleure.



On suit tout cela avec un certain plaisir notamment grâce aux deux personnages principaux, très attachants, l'un voulant rester droit dans ses bottes par rapport à ses croyances malgré les méfaits dans lesquels il est entraîné tandis que l'autre se fantasme fièrement en un hors-la-loi intrépide. On veut croire en leur amitié et son expression à l'écran, toujours pleine de pudeur et d'authenticité, nous offre les plus beaux moments du film. L'interprétation de Barry Brown, également fascinant dans Daisy Miller, y est pour quelque chose. Cet acteur malheureusement disparu quelques années après le tournage, membre méconnu du "club des 27", est la curiosité de Bad Company. Avec ses airs troublants de Ryan Gosling brun, il a une présence étonnante, dégageant une fragilité et une incrédulité qui conviennent totalement à son personnage.




Trait récurrent du Nouvel Hollywood, la naïveté et la soif de vivre des jeunes protagonistes est contagieuse pour le spectateur et systématiquement mise à mal par des retours à la réalité à la brutalité souvent saisissante. Certaines scènes sont aussi cruelles que mémorables, l'humour bravache se mêle à la violence crue, les beaux moments de douceur alternent les grands drames inattendus. Tout cela fait de Bad Company un film hautement recommandable, à ne surtout pas confondre avec celui dans lequel Anthony Hopkins affronte Chris Rock.


Bad Company de Robert Benton avec Barry Brown et Jeff Bridges (1972)

5 août 2016

Demolition

On rassure tout le monde d'emblée : malgré son patronyme francophone, Jean-Marc Vallée n'est PAS français, il est canadien, et si ça ne tenait qu'à moi, il le RESTERAIT. Si, avec Demolition, il voulait démolir le concept même de cinéma, il y est parvenu ! Si, avec Demolition, il voulait démolir la carrière de Naomi Watts, il y est arrivé. Si, avec Demolition, il voulait démolir l'avenir de Jake Gyllenhaal, il a atteint son but. Si, avec Demolition, il voulait démolir ma soirée, il a dépassé ses objectifs en fusillant ma semaine à bout portant parce que j'ai dû en regarder 15 minutes par jour pour ne pas imiter Gyllenhaal et tout casser chez moi. Une semaine marquée du sceau de l'infamie !




Je m'autoproclame martyr de Jean-Marc Vallée. Cet homme a le tout Hollywood dans sa poche. McConaughey a tapé du poing sur la table pour qu'il réalise Dallas Buyers Club, Whitherspoon a exigé que ce soit lui qui mette en image son livre de chevet, Jake Gyllenhaal n'a rien demandé, il l'a simplement confondu avec Villeneuve (pas le réalisateur mais le pilote Formule 1).




Dans ce film, tout est cliché. Jake Gyllenhaal, trader dans l'entreprise de son beau-père, perd sa femme dans un accident de voiture. Il n'arrive pas à éprouver du chagrin, il est insensible. Le jour de l'accident, il est plus marqué par le fait qu'un distributeur automatique lui ait volé 1$ que par la mort de sa femme. C'est ainsi que lors de la cérémonie funèbre il s'isole pour écrire une longue lettre à la société qui gère les distributeurs automatiques pour exiger un remboursement mais surtout pour déblatérer sur sa vie. C'est déjà lourd de vous l'écrire alors imaginez donc le film. La voix off de Gyllenhaal cynique et désabusée lit à nos pauvres oreilles ces lettres imbuvables. Il finit par rencontrer la responsable du SAV de cette société, fascinée par ces écrits, qui n'est autre que Naomi Watts. Une amitié teintée d'intimité se met alors en place entre les deux personnages tandis que Gyllenhaal prendra son métier un peu par dessus la jambe et préfèrera payer des artisans démolisseurs pour l'aider à démolir diverses maisons, d'où le titre moisi du film.




Pour finir, une pensée pour le personnage de la femme décédée de Gyllenhaal, qui passe pour une fille à papa, adultère, faisant la gueule à sa mère pour une histoire de serviettes de bain et qui conduit sans regarder la route. De petit connard de trader participant à foutre la planète dans la merde, Gyllenhaal devient, après l'avoir perdue, un grand philanthrope auprès des enfants trisomiques qui réussit même à rendre le sourire à son beau-père irascible. Une belle histoire d'amour en creux...


Demolition de Jean-Marc Vallée avec Jake Gyllenhaal, Naomi Watts et le beau-père de Jake Gyllenhaal (2016)

30 juillet 2016

Hangover Square

Quand on lui demandait les trois secrets pour réaliser un bon film, John Brahm répondait : "Réussir le début, bien torcher le milieu, et pas chier la fin". C'est exactement ce qu'il s'employa à faire avec Hangover Square, beau film noir, oublié aujourd'hui, et pourtant fièrement porté, de toutes les façons possibles et à bouts de bras, par l'acteur Laird Cregar, un géant aux traits épais et au regard de bête traquée. Ce dernier venait de jouer dans The Lodger du même Brahm, où il incarnait Jack l'éventeur. On est alors en 1945 et c'est Cregar qui insiste pour que le studio achète les droits du bouquin de Patrick Hamilton, c'est lui qui rend le personnage principal inoubliable et c'est lui qui laisse sa peau dans l'entreprise, à seulement 31 ans. Impressionnant dans le rôle d'un petit compositeur du début du XXème siècle (avec les gros doigts du fin poète, dans le genre Guillaume Apollinaire) doublé d'un tueur qui s'ignore, Cregar crève l'écran à chaque instant, et plus encore quand Brahm mitonne des scènes aux petits oignons. 



L'introduction, avec le meurtre au couteau d'un vieil antiquaire dont le visage effaré et hurlant surgit à l'écran comme le meurtrier dans la boutique, et comme la séquence elle-même, sortie de nulle part, juste avant que l'échoppe ne s'embrase, lance le récit sur des charbons ardents. Et le feu, qui dévore le héros de l'intérieur et laisse son visage en sueur, ne manquera pas dans cette histoire, puisqu'il est de retour dans la terrible scène centrale, où le cadavre d'une jeune femme manipulatrice (Linda Darnell) est placé au sommet d'un bûcher lors d'une fête londonienne sous le regard enchanté d'une foule qui ignore tout de ce qu'elle acclame, et à la fin, tandis que notre compositeur monstrueux, après son ultime confrontation avec un agent de Scotland Yard (interprété par ce cher George Sanders), termine de jouer sa partition (signée Bernard Herrmann) au beau milieu d'un théâtre en flammes, dans ce qui s'avère être un finale magistral.


Hangover Square de John Brahm avec Laird Cregard, George Sanders et Linda Darnell (1945)

27 juillet 2016

La Dernière femme sur Terre

Un homme d’affaires, Harold, sa femme, Evelyn, et leur jeune avocat, Martin, sont en croisière à Puerco Rito. Pas d'Orson Welles à l'horizon pour tourner en bourrique au milieu de ses hôtes, comme sur le yacht des Bannister dans La Dame de Shangaï. On est ici dans une série Z signée Roger Corman et à peine inspirée de The World, The Flesh and The Devil, sorti un an plus tôt. En pleine séance de plongée sous-marine, la petite dame de la troupe est à deux doigts de harponner l’avocat pour le défendre d’une raie tandis qu'il matait la sienne. Ce sera le pseudo-péché originel de cette Eve moderne, aussi maladroite et coupable que l’originale (les gonzesses...). Lorsqu’ils remontent à la surface, nos trois nageurs sont pris de légers malaises et découvrent le corps sans vie du pilote de leur yacht, mort asphyxié. Ils décident de garder leur masque à oxygène sur le nez et de rejoindre la côte en barque. C'est là qu'ils se rendent compte que toute autre vie vient d’être balayée de la surface du globe par une sorte d’extinction d’oxygène temporaire.




Seuls survivants sur place, et peut-être dans le monde (il devait bien se trouver quelques autres plongeurs par ci par là, une poignée de sous-mariniers en activité, un type en train de retenir sa respiration le temps d'ouvrir un paquet de Sheba pour son connard de chat obèse et ingrat), nos trois miraculés se réfugient dans une villa de luxe. Pas fous. La femme et l’avocat ne seraient pas contre terminer leurs jours à la fraîche, à ne strictement rien foutre, mais le mari ne l’entend pas de cette oreille. Harold n’a pas fini de siroter son premier mojito les arpions dans l’eau qu’il prévoit déjà de foutre le camp pour échapper à la vermine bientôt sur le pied de guerre, sans oublier d’apprendre à pêcher pour subvenir à ses besoins, et de monter une expédition dans le nord du Canada, glacière naturelle XXL où les vivres se conservent plus longtemps.




Si notre homme n’est pas très marrant, il a le mérite d’être prévoyant. Mais il a un autre défaut : il n’est guère partageur. Or ce petit défaut en devient un gros quand notre petit ménage à trois réalise, tout à coup, que la belle Eve(lyn) est, jusqu’à nouvel ordre, la dernière femme sur terre. Et ses deux compagnons auraient pu tomber plus mal, car il semblerait que Betsy Jones-Moreland leur donne plutôt envie de repeupler la terre sans paumer trop de temps. La question de relancer la vie humaine angoisse d’ailleurs beaucoup plus les deux zonards à ses côtés qu’Evelyn elle-même, que son statut d’ultime spécimen humain femelle ne tracasse pas des masses, et qui voudrait juste se la couler douce avec le plus sympa des deux (qui n’est pas son mari). S’ensuit donc un combat de coqs entre nos deux rivaux, Harold et Maud, combat psychologique d’abord, puis physique, pour savoir qui devra chausser un froc de moine dans un monde sans dieu et qui pourra se reconvertir illico dans le porno sans caméras avant d'aller en serrer cinq au diable. La pauvre Eve se retrouve donc mise en ballotage entre un mari goujat et un amant peu porté sur l’idée de paternité.




Martin annonce à Eve, un peu avant la fin du film, qu’il ne compte pas enfanter avec elle. Un peu comme Russel Crowe dans le Noé d’Aronofsky, il considère que les hommes ont eu leur chance et qu’il vaut mieux déposer le bilan une bonne fois pour toutes. Après s’être respectivement bien rétamé la tronche à coups de lattes, les deux types retrouvent Eve dans une église et Martin, qui refusait de perpétuer l’espèce, meurt de ses blessures (invisibles… trop cher) après avoir lâché un crispant « Nous ne comprendrons donc jamais ! » Eve et son mari Harold ressortent de l’église main dans la main, prêts à se reproduire à fond, et le spectateur est en droit de regretter qu’au lieu de ce semblant de morale douteuse Corman n’ait pas préféré tuer ces deux idiots de mâles dominants pour donner enfin tout son poids au titre du film et conclure sur l'image d'une Eve définitivement seule sur terre, prête à lâcher des caisses à table et à chier la porte ouverte, révisant la célèbre réplique de Jeff "la mouche" Goldblum : « Dieu crée les dinosaures, Dieu détruit les dinosaures, Dieu crée l’homme, deux débiles se flinguent pour ma face et j'hérite de la Terre ». Après avoir tenté d’en flinguer un à coup de harpon, la dernière femme se serait enfin débarrassée de ses boulets en attisant leur concurrence de pacotille pour régner en maîtresse absolue sur la planète bleue. Ça c’était une fin.


La Dernière femme sur Terre de Roger Corman avec Betsy Jones-Moreland, Antony Carbone et Robert Towne (1960)

20 juillet 2016

Replicas

Selma Blair, son mari et leur gamin partent en vacances dans un hameau reculé. Un beau matin, les voisins tapent à la porte. Toc toc toc. "Qui est là ?" "Nous sommes vos replicas et nous venons prendre votre place" déclare d'emblée le voisin, accompagné de sa femme et de leur seul enfant, se tenant tous alignés sur le seuil, droits comme des I, tel un miroir angoissant et à peine déformé de leurs incrédules vis-à-vis. "Et sinon on se connaît ?" répond Selma Blair. "Je pourrais écrire une thèse entière sur vos us et coutumes." "Flippant... Bon, j'ai dû louper un épisode. On va reprendre depuis le début si vous le voulez bien, enchaîne avec enthousiasme la Blair, peu soucieuse des sombres projets riverains. Comment va ?". "Comme un lundi." répond aussi sec l'autochtone. "Mais nous sommes samedi. On est le week-end ! Ça devrait aller !" Mais non, tout commence mal dans Replicas et rien ne va en s'arrangeant à mesure que défilent, très lentement, les minutes de l'affichage du lecteur divx...




Ce récit, quelque peu amélioré, du début du film est là pour vous donner un aperçu à la fois fidèle et moins douloureux que mon vécu personnel. Replicas est un home invasion pur et dur. Une pure merde dure à encaisser. Tout est archi prévisible. C'est un enchaînement de situations vues et revues mille fois. Gris, en plus. Tout est gris et terne comme l'affiche originale ! A commencer par la mauvaise mine de Selma Blair, actrice définitivement perdue, fantomatique, dans les limbes. La fameuse question est de savoir jusqu'où iront les voisins récalcitrants, bien décidés à s'approprier la maison, la vaisselle et l'identité de leurs victimes. Le labrador sera-t-il froidement abattu ? Oui. Pas étonnant. Pauvre bête. Le frérot, débarqué là par hasard, sera-t-il, lui aussi, froidement abattu ? Oui. Wrong time, wrong place, comme ils disent. Le seul moment un peu amusant est celui où les deux gamins s'affrontent aux jeux vidéo et que, d'un seul coup, ça tourne mal. Le fils des tarés se met à tabasser l'autre sauvagement après avoir perdu la partie de trop. C'est plaisant, ça m'a rappelé mon enfance. J'étais un gamin assez sanguin et impulsif. Je pouvais sauter à la gorge de mon prochain, tout particulièrement quand celui-ci s'appelait Glue 3, pour une mauvaise partie de petits chevaux. Depuis, j'ai retrouvé la paix intérieure. J'arrive même à m'envoyer de tels films sans perdre mon calme.


Replicas (In Their Skin) de Jeremy Power Regimbal avec Selma Blair, Joshua Close, Rachel Miner, James d'Arcy et Paf le iench (2012 - mais sorti en 2014 en DTV en France, ce qui en dit long !)

12 juillet 2016

Encore heureux

Attention, il s'agit du premier film jamais réalisé sur la crise économique. Benoît Graffin, le réalisateur, met les deux pieds dans le plat, il saute dedans à pieds joints et ses chaussures sont pleines de merde. Il se permet même une pique ad hominem contre François Hollande, même si, avec ce film, Benoît fait plus de mal au cinéma français, donc à la France, que l'autre enclume. C'est l'histoire d'un type qui perd son job (Edouard Baer) et qui devient aussi sec une serpillère, il se met à dormir sous une tente dans son propre salon, fait le sourd quand ses gosses ou sa femme (Sandrine Kiberlain) lui demandent un truc et fouille dans les poubelles du quartier pour trouver des déchets de valeur à revendre, car il est très con. Du coup sa femme le trompe avec un tombeur irrésistible, j'ai nommé Benjamin Biolay. Voilà plusieurs fois que Biolay incarne les matamores, les bourreaux des cœurs, les tombeurs de ces dames, Jésus Christ multipliant les coups de pine. Je pense notamment à son rôle dans Au bout du conte d'Agnès Jaoui. Il ne joue que deux types de rôles : le Casanova du tiéquar ou le détritus humain dépressif et suicidaire. Beaucoup plus crédible dans le second.


 J'ai décidé d'illustrer cet article avec la photo d'un vrai beau gosse.

Toujours est-il que Baer va tout pardonner à sa femme et la récupérer en regagnant de la thune (sa fille d'abord, puis toute la famille, profite du décès de la vieille voisine acariâtre, raciste et conne, pour la voler). En interview, Graffin se la joue grand gauchiste avec des saillies du genre : "Après tout, cet argent qui va retourner à l’État, pourquoi cette petite famille n'en profiterait pas ?", mais son personnage principal évoque plutôt Sarkozy faisant les poches de Liliane Bettencourt en lui braquant un flingue sur la tempe. C'est une resucée plan par plan, et je dis bien plan par plan, de L'Argent de la vieille, que je n'ai pas vu. On nage en plein dans la comédie sociopolitique, dans la veine de Fun with Dick and Jane, sans l'humour, donc plutôt dans la veine tranchée dans le sens de la longueur par une lame rouillée de Une pure affaire, avec François Damiens et Pascale Arbalète. On pouvait espérer quelque chose des retrouvailles d'Edouard Baer et Sandrine Kiberlain, qui avaient déjà joué ensemble devant la caméra de Pascal Bonitzer, dans Rien sur Robert, où Baer initiait Kiberlain à la sodomie. Mais Encore heureux est un film Europacorp, et par conséquent c'est ici le spectateur qui a tout d'un coup la sensation de se faire enculer. 


Encore heureux de Benoît Graffin, avec Edouard Baer, Sandrine Kiberlain, Benjamin Biolay et Bulle Ogier (2016)

7 juillet 2016

Frankenhooker

Frankenhooker, de Frank Henenlotter (étrange comme le titre ressemble à son nom), est une reprise du mythe de Frankenstein, plutôt fauchée, vaguement gore, légèrement sexy et un peu conne sur les bords. C'est l'histoire d'un jeune type, Jeffrey Franken, genre savant fou du dimanche, qui broie sa fiancée avec une tondeuse à gazon télécommandée de son cru, sans faire exprès. Du coup, le garçon, déprimé et à moitié fou, très bavard aussi (il parle tout seul dans plusieurs scènes), va essayer de ramener sa chère et tendre à la vie. Il a conservé le joli minois de sa bienaimée décapitée, et dîne régulièrement en tête-à-tête avec elle. Pour la réanimer, il décide d'aller se servir en organes et en membres féminins de choix dans le bar à putes (d'où le titre) d'un quartier malfamé de New-York. L'idée, c'est de neutraliser les prostituées avec des pilules de crack augmenté, sauf que cette drogue a finalement la vertu étrange de faire littéralement exploser ses victimes.




Le résumé ci-dessus donne un bon aperçu du grand n'importe quoi du scénario. Mais tout ça passe sans problème. La seule vraie bizarrerie dans cette affaire, ce sont les scènes où le héros utilise une perceuse pour se "vriller le cerveau", quand il commence à dérailler. On le voit s'enfoncer la mèche de sa perceuse dans le crâne, prendre son pied, et retrouver une sorte de stabilité aussitôt après. Pourquoi pas. Mais il ne saigne pas en se perçant la tête, la tige d'acier enfoncée dans son ciboulot jusqu'à la garde ne laisse aucune trace, pas la moindre plaie. Et ça, j'y crois pas une seconde. Ces scènes fichent toute ma croyance de spectateur en l'air. On accepte sans ciller les morceaux du cadavre de la fiancée conservés dans une glacière pleine de liquide violet, les cachets de drogue qui font exploser, la foudre qui ranime un être fait de membres disparates cousus grossièrement, la femme ravivée dont la personnalité est un pot-pourri de celles des putes démembrées qui lui servent désormais de châssis, et le reste. Mais la crédulité a des limites. Comme quand les enfants écoutent des histoires complètement folles et absurdes sans broncher mais se butent face à un détail qui ne fait pas vrai.




Mais ça n'empêche pas d'apprécier l'ensemble, pour ce qu'il est. Quelques scènes restent bien en mémoire : celles où le jeune savant dessine patiemment les plans de sa future créature ; celle, assez longue, où les putes volent en éclat sous l'effet de la drogue surpuissante (la caméra s'amusant à suivre le trajet d'une jambe tranchée) ; celles où la fiancée ressuscitée (la jolie Patty Mullen, playmate de profession, qui avait dévoilé ses charmes avant de jouer dans ce film, je laisse à chacun le soin d'aller vérifier) déambule dans New-York, affublée d'une démarche et de mimiques délectables ; le moment où Zorro, le maquereau bodybuildé vexé d'avoir paumé ses employées, dévisse la tête de la Frankenputain d'un coup de poing ; et l'ultime scène du film, où les morceaux de putes non utilisés s'amalgament et forment des monstres répugnants (pas si loin de certaines créations de Rob Bottin pour The Thing), sortes d'amas de femmes déstructurés, concupiscents et hilares, prêts à se venger du gros bœuf qui les avait marquées au fer rouge d'un Z qui veut dire Série Z.
 
 
Frankenhooker de Frank Henenlotter avec James Lorinz et Patty Mullen (1990)